MXI 1-67 : la mort d’Orphée texte
Carmine dum tali silvas animosque ferarum 1
Threicius vates et saxa sequentia ducit,
Ecce nurus Ciconum, textae lymphata ferinis
Pectora velleribus, tumuli de vertice cernunt
Orphea percussis sociantem carmina nervis. 5
E quibus una leves jactato crine per auras
" En, ait, en hic est nostri contemptor ! " et hastam
Vatis Apollinei vocalia misit in ora ;
Quae foliis praesuta, notam sine vulnere fecit.
Alterius telum lapis est; qui missus, in ipso 10
Aere concentu victus vocisque lyraeque est ;
Ac veluti supplex pro tam furialibus ausis
Ante pedes jacuit. Sed enim temeraria crescunt
Bella modusque abiit, insanaque regnat Erinnys,
Cunctaque tela forent cantu mollita; sed ingens 15
Clamor et inflexo Berecyntia tibia cornu
Tympanaque et plausus et Bacchei ululatus
Obstrepuere sono citharae. Tum denique saxa
Non exauditi rubuerunt sanguine vatis.
Ac primum attonitas etiamnum voce canentis 20
Innumeras volucres, anguesque, agmenque ferarum,
Maenades orphei titulum rapuere theatri.
Inde cruentatis vertuntur in Orphea dextris,
Et coeunt ut aves, si quando luce vagantem
Noctis avem cernunt; structoque utrinque theatro 25
Ceu matutina cervus periturus arena
Praeda canum est, vatemque petunt et fronde virentes
Conjiciunt thyrsos, non haec in munera factos.
Hae glebas, illae direptos arbore ramos,
Pars torquent silices; nec desunt tela furori. (ou : neu desint tela furori,)
Forte boves presso~subigebant vomere terram;
Nec procul hinc, multo fructum sudore parantes
Dura lacertosi fodiebant arva coloni,
Agmine qui viso fugiunt operisque relinquunt
Arma sui : vacuosque jacent dispersa per agros 35
Sarculaque rastrique graves longique ligones.
Quae postquam rapuere ferae, cornuque minaces
Divulsere boves, ad vatis fata recurrunt ;
Tendentemque manus atque illo tempore primum
Irrita dicentem nec quidquam voce moventem 40
Sacrilegae perimunt; perque os, pro Jupiter ! illud
Auditum saxis intellectumque ferarum
Sensibus in ventos anima exhalata recessit.
Te maestae volucres Orpheu. te turba ferarum,
Te rigidi silices, tua carmina saepe secutae 45
Fleverunt silvae; positis te frondibus arbos
Tonsa comam, luxit : lacrimis quoque flumina dicunt
Increvisse suis; obscuraque carbasa pullo
Naides et Dryades, passosque habuere capillos.
Membra jacent diversa locis : caput, Hebre, lyramque 50
Excipis; et (mirum) medio dum labitur amne,
Flebile nescio quid queritur lyra, flebile lingua
Murmurat exanimis : respondent flebile ripae.
Jamque mare invectae flumen populare relinquunt
Et Methymnaeae potiuntur littore Lesbi. 55
Hic ferus expositum peregrinis anguis arenis
Os petit, et sparsos stillanti rore capillos
Lambit, et hymniferos inhiat divellere vultus.
Tandem Phoebus adest, morsusque inferre parantem
Arcet, et in lapidem rictus serpentis apertos 60
Congelat, et patulos, ut erant, indurat hiatus.
Umbra subit terras, et, quae loca viderat ante,
Cuncta recognoscit; quaerensque per arva piorum
Invenit Eurydicen, cupidisque amplectitur ulnis.
Hic modo conjunctis spatiantur passibus ambo 65
Nunc praecedentem sequitur, nunc praevius anteit
Eurydicenque suam jam tuto respicit Orpheus.
MXI 1-67 : traduction au plus près du texte
Tandis que, par un tel chant, le poète Thrace entraîne les forêts, 1
L’esprit des bêtes sauvages, et les rochers qui le suivent,
Voici que les jeunes femmes des Cicones, recouvertes pour ce qui est de leur poitrine
En délire par des peaux de bêtes sauvages, depuis le sommet d’un tertre voient
Orphée qui accompagne ses chants avec les cordes de sa lyre frappées. 5
Alors l’une d’elles, après avoir secoué sa chevelure dans les airs légers,
Dit " Le voilà, le voilà, c’est celui qui nous méprise ! " et sa lance,
Elle l’envoie vers la bouche mélodieuse du poète d’Apollon ;
Mais celle-ci, entrelacée de feuilles, <ne> fit <qu’>une marque sans blessure.
Le projectile de la seconde est une pierre ; mais celle-ci, lancée, dans l’air 10
Lui-même, fut vaincue par l’harmonie de la voix et de la lyre ;
Et , comme implorant le pardon pour des actes d’audace aussi forcenés,
Gît à terre à ses pieds. Mais de fait les folles attaques
Redoublent, la limite (s’éloigne) est franchie, l’aveugle Erinys règne
Et absolument tous les projectiles auraient été émoussés par le chant ; mais l’immense 15
Clameur , la trompe de Bérécynthe à la corne recourbée,
Les tambourins, les battements de mains, les hurlements Bacchiques
Couvrent le son de la cithare. Alors enfin les rochers
Se rougirent du sang d’un poète qui n’était plus entendu.
Et d’abord , <ce furent> ceux qui étaient frappés d’admiration par la voix du chanteur,
Les oiseaux innombrables, les serpents, l’armée des bêtes sauvages,
Le titre de gloire du théâtre d’Orphée,<que> les Ménades mettent en pièces.
Puis elles se retournent contre Orphée avec leurs mains sanglantes,
Et se rassemblent comme des oiseaux, si une fois ils aperçoivent, errant en plein jour,
Un oiseau de nuit ; et dans l’amphithéâtre (= le théâtre érigé des 2 côtés), 25
Comme, dans l’arène du matin, le cerf destiné à mourir
Est la proie des chiens ; elles cherchent à atteindre le poète, et jettent contre lui
Leurs thyrses verdoyants de feuillage, qui ne sont pas faits pour cet usage.
Les unes, <ce sont> des mottes de terre, les autres , des branches arrachées à un arbre,
Certaines, des pierres <qu’elles> font tournoyer ; et les projectiles ne manquent pas à leur fureur. 30
Par hasard des bœufs retournaient la terre, de leur soc enfoncé <dans le sol>
Et non loin de là, préparant leur récolte à force de sueur
Des paysans aux bras vigoureux fendaient les champs durcis ;
Et ceux-ci , à la vue de cette armée, fuient et abandonnent les outils (armes)
De leur ouvrage : et gisent dispersés à travers les champs désertés 35
Sarcloirs, lourdes herses et longues houes.
Et après que les forcenées s’en fussent emparées, et eussent arraché les cornes
Des bœufs menaçants, et courent de nouveau vers la mort du poète ;
Alors qu’il tend les mains et à ce moment là, pour la première fois,
Dit des paroles impuissantes, et n’émeut rien par sa voix, 40
Sacrilèges, elles le tuent ; par cette bouche, par Jupiter !
Entendue par les rochers et comprise par l’esprit des bêtes
Sauvages, l’âme exhalée s’enfuit.
Toi, Orphée, les tristes oiseaux, toi, la foule des bêtes sauvages,
Toi, les dures roches , les forêts qui avaient si souvent suivi tes chants 45
Te pleurèrent ; toi, après avoir laissé tomber ses feuilles, l’arbre,
Rasé en ce qui concerne sa chevelure, te déplora ; et on raconte que même les fleuves
Se grossirent de leurs propres larmes ; Naïades et Dryades eurent
Des voiles enténébrés de noir, et les cheveux épars.
Ses membres gisent, jetés en divers lieux ; Hèbre, c’est la tête et la lyre 50
Que tu reçois ; et (prodige !), tandis qu’elle glisse au milieu du courant,
La lyre se plaint de je ne sais quoi de triste, tristement la langue
murmure, quoique privée de vie : les rives tristement répondent.
Bientôt, emportées en mer, elles quittent le fleuve de cette contrée
Et s’emparent du rivage de Méthymne, à Lesbos. 55
Là, un sauvage serpent cherche à atteindre le visage abandonné sur le sable étranger,
Lèche ses cheveux épars, dégouttant rosée,
Et ouvre la bouche pour déchirer le visage qui chante.
Enfin Phébus est là, écarte le reptile prêt à lancer sa morsure,
Immobilise dans la pierre la gueule béante du serpent, 60
Et durcit, comme elles l’étaient, les mâchoires largement ouvertes.
L’ombre va sous les terres, et, tous les lieux qu’elle avait vus auparavant,
Elle les reconnaît ; et, la cherchant parmi les champs des âmes pieuses,
Il trouve Eurydice, et la serre dans ses bras avides.
Là, tantôt ils se promènent tous les deux, joignant leurs pas, 65
Tantôt elle le suit, lui qui la précède, tantôt, premier sur la voie, il va devant
Et désormais, en toute sûreté, désormais il se retourne pour voir son Eurydice, Orphée.